L'apéro de renaissance

Book blues. 

Le roller derby est un sport de contact, de vitesse et de stratégie sur patins à roulettes qui se joue en équipe sur une piste elliptique. Cela fait 8 ans que j’y joue, on and off, surtout off ce moment, le temps que ma jambe se répare. Mais alors, pourquoi je vous en parle dans un cercle de lectures ? Eh bien, parce qu’il y a dans ce sport un concept appelé “derby blues” qui décrit les sensations du lendemain de match : fatigue, joie, tristesse, gratitude, accomplissement, regret que ce soit fini, soulagement que l’épreuve ait eu lieu, mais manque parce que c’était si bien ! Bref, c’est le low après un high émotionnel et c’est ce que je ressens après l’apéro de renaissance qui a eu lieu hier.


J'ai passé la journée de jeudi en toute détente, incluant moments d’écriture et de lecture. Mais plus le soir approchait, plus j’étais surexcitée et un peu inquiète: et si personne ne venait, et si j’étais en retard à mon propre événement, et si on n’avait rien à se dire et que le courant ne passait pas ? Mais le soleil était tellement lumineux hier que mes pensées en étaient irradiées de rayons positifs. Je suis arrivée à l’avance au Bunker Paris et je me suis installée sur la terrasse en attendant les convives de kumalafọlọ.

Cheers !

Aurore était la première arrivée, suivie très vite d’Annelyse. Place aux salamaleks, puis une petite commande au bar et nous voilà installées pour trinquer à la renaissance ! Nous avons commencé la palabre par “premièrement”, la genèse de kumalafọlọ à Marseille, avec la magie des rencontres fortuites. Puis ce fut le moment d’aborder la nouvelle mouture du cercle de lectures : des échanges en salade mixte où chacun.e vient avec son livre d’un moment, de nouvelles découvertes apéritives, une bibliothèque plus élargie !

C’était donc le parfait segue pour écouter Annelyse nous présenter son oeuvre : Ramsès de Paris, par Alain MABANCKOU. Ayant l’habitude des couvertures de livres plus sobres en France, elle était intriguée par cette première de couverture haute en couleurs qui reflètent tant la personnalité de l’auteur. Deuxième titillement : toute l'œuvre est écrite avec la virgule pour seule ponctuation. J’ai reconnu là la touche de l’écrivain, en me rappelant Mémoires de porc-épic, du même auteur. Annelyse nous a relaté la relation de Ramsès et d’un certain Benoît dans le quartier parisien de Château Rouge où plusieurs histoires intrigantes s'entremêlent tout en révélant un fil conducteur qui reste à encore à identifier.

Puis au tour d’Aurore de nous parler des Femmes de Bibibidi écrit par Charline EFFAH. C’est une lecture qui l’a marquée par la profondeur du récit sur les atrocités de violences faites aux femmes, en temps de guerre et dans l’apparente quiétude d’une maison dans un pays en paix, mais aussi par ce désir ardent de liberté qui pousse à s’échapper, partir à la recherche de sens, se reconstruire, trouver l’amour dans les circonstances les plus inattendues. Entre-temps Samuel nous avait rejoint dans la plus grande sérendipité ! Il nous a partagé son engouement pour les lectures d’Afrique et sa diaspora, notamment l’opportunité de rencontres littéraires. Il a passé son tour de nous raconter ses expériences littéraires, pour ce que j’espère être une prochaine fois autour de l’apéro !


Entre taquineries et anecdotes, nous avons fini par le livre que je lis en ce moment : L’art presque perdu de rien faire, de Dany LAFERRIÈRE. Je l’ai choisi pour essayer de comprendre l’anxiété du bonheur dont on n'a pas l’habitude. En effet, je suis en paix depuis quelque temps et pour quelqu’un comme moi, qui a vécu et s’est épanoui dans le chaos, cette quiétude et ce temps serein sont angoissants. Alors j’ai fait appel à l’insolence et la sagesse de cet auteur pour accompagner ma quête intérieure. Je lis lentement mais sûrement, un peu comme mon allure actuelle de marche, 1.4 km/h. Sérieusement, c’est ma vitesse de pointe !

Ce qui m’a le plus plu durant cet apéro, c’est que je n’avais pas envie que ça finisse. J’ai adoré écouter Annelyse, Aurore, et Samuel parler de leurs expériences, me reconnaître dans certaines de leurs histoires, découvrir de nouvelles idées, ignorer l’heure de la fin et avoir envie de continuer la palabre autour d’un dîner, au point d’oublier de prendre une photo de souvenirs. Mon amie Darelle avait raison, deux heures n’étaient pas assez pour se dire tant de pépites ! Et comme dirait Aurore, je suis une oversabi qui a surbookée la soirée. Visiblement, je n’ai pas encore assimilé toutes les leçons de tonton Dany. Alors vivement l’apéro en mars, où l’on prendra le temps de prendre son temps, une gorgée à la fois. Cheers !

Marguerite

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