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Afropolis, une cité de l'esprit

Lire l'Afrique

Savourer l'instant

Habiter le monde

01 mars 2022


J'ai découvert ce livre grâce à Book and Brunch Paris, que j'ai commencé à admirer de loin depuis Marseille. Maintenant que j'habite Paris, j'espère vivement participer à l'un de leurs événements bientôt.  
J'avoue que j'ai jugé ce livre à sa couverture, si belle, si attrayante. Et le titre m'invite à une conversation intime avec moi-même, mes sœurs et le reste de ma famille humaine. Comme si le simple fait d'exister constitue une lutte en elle-même, un combat d'activiste.  

Par impatience, je l'ai acheté sur Amazon, vivement que vous le trouviez dans la librairie d'à côté. 


25 janvier 2022

Paris est comme cette personne dont mes amies me disent plein de bonnes choses, après quelques sorties, je commence à l'apprécier sans me laisser convaincre pour l'instant. Continuons la découverte, histoire de prolonger la phase de séduction et se donner le temps de décider. 

Cela fait maintenant deux mois et demi que j'habite ici et mon comité d'accueil inclut les longs trajets au travail, un pickpocket qui se rappellera de mes poings, des pistes cyclables comme jamais je n'en ai eu à Marseille et le soleil qui passe son temps à bouder derrière les nuages. Alors, à défaut de lever la tête vers le ciel bleu, je la plonge dans les livres que je dévore dans le métro. Durant mes derniers mois à Marseille, j'avais perdu le temps ou l'envie de lire. Et en passant de 10 min cyclistes au soleil à 50 min de métro dans la grisaille, j'en suis à mon 5e livre depuis mon arrivée ici. Some silver lining! 


Je me suis lancée dans cette aventure ambigüe avec Cheikh Hamidou Kane. Arrivée au 7e ciel, mon nouveau chez moi, c'est Tierno Monenembo qui m'a souhaité la bienvenue. J'avais manqué plusieurs rendez-vous pris avec lui de longue date, mais là il m'est tombé dessus comme un coq cubain qui chante à minuit. Puis, j'ai entamé de découvrir les parisiens et leurs pas pressés avec Debout-Payé. Dans cet engouement, je me suis retrouvée au bar Le Crédit A Voyagé et l'ivresse des mots ne me quitte plus depuis. Il est clair qu'ici je suis noire et j'aime le manioc où que je sois, alors j'ai un peu de mal avec Gaston Kelman. Mais je continue la conversation quand même, car elle m'apprend d'autres façons d'être noir(e), de le vivre et d'être vu comme tel(le). 

J'ai fait le pari d'élargir ma zone de confort en venant vivre à Paris. J'espère apprendre de nouvelles choses, d'autres façons de voir et refaire le monde. J'ai surtout cette l'impression que le meilleur est à venir et pour cela mes bras sont déjà grand ouverts.  

27 février 2021

 'I am living vicariously through you', une amie me faisait toujours rire quand elle disait cela! C'était souvent dans une situation où l'on venait de se raconter les derniers potins de nos vies, des exclamations, des rires, des souhaits pour l'avenir...  Vicariously, j'avais toujours associé ce mot aux moments de joie partagée, à l'empathie pour le bonheur que l'autre ressent. Je n'avais pas réalisé que tant d'empathie pour les émotions des autres signifiait les ressentir toutes, joyeuses, tristes, effroyables.

La dernière semaine de mai 2020, George Floyd appelait sa mère à l'aide dans une agonie qui a secoué le monde. J'ai entendu, mais je n'ai pas voulu écouter, car j'ai pensé pouvoir ériger une barrière d'insensibilité, comme face à d'autres atrocités qui font la une. J'ai pensé que cela allait passer comme on finit par oublier la misère des autres. Cette semaine-là, sous un soleil méditerranéen des plus radieux, entre apéros, piques-niques et soirées jeux, j'ai essayé de taire cette rage, cette frayeur et cette profonde tristesse en moi. Je m'étais interdite d'en parler au travail, j'ai évité tant bien que mal d'en parler à mon entourage. Mais une semaine plus tard, 8 minutes et 46 secondes après, c'est avec la plus grande peine que j'inspirais à nouveau, retenant mes larmes. 

La première semaine de juin, ma sœur d'une autre mère est venue me rendre visite et dans nos retrouvailles, elle a partagé avec moi un moment marquant de sa vie, me poussant à me remémorer les miens. Je me suis sentie honorée de la confiance qu'elle me fait, je portais avec elle ce fardeau et ensemble nous en devenions plus fortes. Toutefois, à son départ, la solidarité a laissé place au regret, à la culpabilité, à la solitude d'une douleur profonde qui ne pouvait plus être contenue. 


Lire pour moi c'est comme écrire, c'est se regarder dans un miroir pour se révéler à soi et au reste du monde. J'ai évité de toutes mes forces de ressentir les choses et eu la possibilité de me plonger dans le travail pour noyer cette peine qui n'en finissait pas de me ronger de l'intérieur. Je venais de terminer Wild Seed et, malgré la lueur d'espoir qui clôturait ce livre, je n'ai pas pu m'exprimer sur l'oppression d'Anyanwu via un article. J'ai alors commencé Les Soleils des Indépendances en espérant y retrouver l'humour noir d'Ahmadou Kourouma, mais c'était sans compter sur l'épouvantable expérience de la belle Salimata. Alors j'ai arrêté de lire, tout simplement. 

Décidément, tout l'univers s'était mobilisé pour me faire crever l'abcès. Et pour que tout cela sorte, j'ai eu le privilège d'avoir une famille, des ami-e-s et un psychologue qui sont venu-e-s à ma rescousse et ont marché avec moi pour traverser cette piste tortueuse. Peu à peu, j'ai recommencé à lire, d'abord des articles sur des thèmes positifs, puis des contes, ensuite j'ai dévoré les 3 tomes de La Vie d'Ebène Duta. Ils m'ont rappelé mes années étudiantes, les situations gênantes et celles rigolotes, les moments BFF... Quel régal de pouvoir à nouveau rire aux éclats et profiter des petites joies!

Mais il fallait plus pour redonner du goût à la sauce. Je suis donc partie voir ma famille sous la pluie, à la neige, dans la lagune et sur l'autre rive. Et c'est remontée à bloc, pleine de gratitude et d'entrain que je reviens à kumalafôlô pour continuer avec vous cette aventure livresque. Aza aza fighting!

  

13 juin 2020

Avec le temps capricieux de ces derniers jours, j'ai décidé de profiter des rayons de soleil de cette après-midi pour me promener sur la Canebière et aller lire à une terrasse du Vieux-Port. Mais la fraîcheur du soir reprit le dessus dès que le soleil a commencé à se coucher. Je décide donc de rentrer, satisfaite de ma petite sortie. Je me rapproche du Carrefour City et me rappelle une envie de sucré. Une petite halte et voilà des œufs et du lait frais pour faire des crêpes à la maison. A la caisse, je retrouve le Sénégalais qui n'en revient toujours pas que je parle wolof. Il a un nouveau collègue qui est tout aussi ravi et étonné de mon bout de sénégalité. Quelques échanges souriants puis un au-revoir, je reprends le chemin de la maison en me disant que ça fait du bien d'être entourée des siens. 
Plus loin, je remarque un homme au teint hâlé qui me regarde intensément, je regarde derrière moi pour m'assurer que ce n'est pas moi qu'il vise. Mais non, c'est bien moi qu'il observe. J'avance et voit qu'il me regarde avec un sourire appétissant qui accueille de la bonne chair. Je le toise avec mépris et ignore son bonsoir murmuré si près. Je continue de marcher en pensant à ces méditerranéens, toutes rives confondues, qui se permettent d'observer les femmes comme si elles étaient des seins et culs ambulants, rien d'autre. Et la sensation est pire pour moi, car je vois dans leur regard qu'ils se croient encore plus permis parce qu'à leurs yeux la femme noire que je suis vaut encore moins. 


Quelques pas plus loin, je me sens comme épiée et regarde derrière moi pour voir le même homme au regard salivant. Je me rapproche de chez moi et me retourne pour constater qu'il est encore sur mes traces. Je dépasse mon immeuble et continue de marcher vers une autre rue pour m'assurer qu'il ne me suit pas. Cette fois, c'est clair, il me suit bien. Désormais, je me demande à quel point je suis en danger et réfléchis à mes options. Je remarque un homme que je connais de l'autre côté de la rue, je le salue et hésite à lui demander de l'aide. Est-ce que je retourne au Carrefour City, je pourrais demander au Sénégalais sympa et ses amis de menacer mon suiveur? 
C'est là que ma peur se transforme en colère. Non, non, j'en ai marre d'être à la merci de ces prédateurs qui prennent et prennent et ne me laissent que honte et culpabilité. J'en ai assez de me sentir impuissante et d'attendre qu'on vienne me délivrer de ce fardeau. Je serre les poings et marche d'un pas décidé vers la Canebière, parce qu'il y a plus de monde. Arrivée à l'angle de Maupetit, je m'arrête et me colle au mur pour le surprendre. Les secondes passent comme des minutes interminables. Je regarde autour de moi, observe les passants, ils doivent se demander ce que je fais là. Je sors mon téléphone et fais mine d'attendre quelqu'un. L'homme finit par arriver, il est coupé court dans son élan quand il me voit arrêtée dos au mur. Il parait perplexe, se demande s'il a une ouverture à nouveau, revoilà son sourire carnassier. Pendant un instant, mon courage fléchit et je ne sais plus quoi faire. Mais qu'est-ce qui m'a pris? 
Je me ressaisis et lui dis que je suis là. Il semble ne pas comprendre, c'est une invitation qui n'en est pas une. Je réitère que je suis là, je l'attendais puisqu'il tenait tant à me suivre alors me voilà. Cette fois, c'est clair pour lui, il voit que je ne l'accueille pas à bras ouverts et me dépasse pour aller se poster plus loin devant la librairie. J'avance vers lui et lui dis de continuer de marcher. La poursuite n'est pas finie puisque c'est désormais mon tour. Il tenait tant à me suivre, eh bien il allait goûter un peu de sa propre médecine. Et là, monsieur mimique un accent ibérique et dit en français qu'il ne comprend qu'espagnol. Mon œil, oui! J'insiste et persiste qu'il me suivait mais il me raconte en bon français qu'il allait voir un ami sur le même chemin que moi, rien d'autre.
Je le menace qu'il va avoir la raclée de sa vie s'il ne marche pas. Je hausse le ton et lui répète ma menace, allez savoir où j'allais trouver le courage de le frapper. Je ne sais pas si ma menace a fait son effet ou s'il a compris que c'était peine perdue ou parce que des passants commençaient à prêter attention, mais notre énergumène s'est décollé de la vitrine et a commencé à marcher puis je l'ai suivi. C'était son tour de regarder derrière lui, voir que j'étais encore là et sentir que je lui prenais son espace. Il s'est dépêché de traverser la rue en plein trafic et m'a jeté un regard moqueur. J'ai attendu que les voitures ralentissent puis j'ai traversé la rue. Il commençait à hâter le pas, moi je suivais la cadence. Il se retournait pour voir si j'étais encore là et j'étais toujours là. 


C'est là que ma cousine m'appelle et je réponds pour accueillir une énergie positive. Elle demande si elle ne me dérange pas, je lui dis ce que je fais: je suis un homme qui me suivait pour lui donner une dose de son propre médicament. Elle rit et dit que cet homme ne sait pas sur qui il est tombé. Cela me ragaillardit et je continue de marcher après lui jusque sur le boulevard d'Athènes. Ma cousine et moi passons en conversation vidéo, je deviens moins attentive à ma proie car très vite je la perds des yeux. Je décide donc de m'arrêter là, avant de retourner la situation à son avantage dans une rue plus calme. Je me dis qu'il en a eu assez comme ça et moi aussi d'ailleurs. Je rebrousse chemin en écoutant des musiques qui sont passées dans la série Insecure. Au feu rouge, je me rappelle la citation marquée sur mon tote bag.
Women belong in all places where decisions are made.
Les villes semblent faites pour les hommes. Beaucoup se comportent dans les espaces publics comme s'ils en étaient les maîtres et les femmes, de viles servantes de leurs appétits sexuels. Je ne vais plus rester silencieuse lorsque je me sens oppressée. Alors vous êtes prévenus, harceleurs de rue, machos, sexistes et autres à l'ego fragile. La place des femmes est partout où les décisions sont prises et partout où la vie se passe, la rue y compris. Marseille c'est ma ville, je l'ai choisie et j'y prends ma place.

19 mai 2020

Soyons réalistes, je n'allais pas dépasser un rayon de 1 km pour ma première sortie post-confinement. J'ai choisi un de mes endroits favoris sur la Canebière: la librairie Maupetit. 


Masque au visage et mains nettoyées, je suis entrée dans ce havre avec une sensation de bienvenue à la maison. J'avais envie de câliner les livres comme on embrasse un proche qu'on n'a pas vu depuis un moment. Le masque cachait bien mon large sourire alors personne n'a questionné ma santé mentale pendant que je flânait joyeusement entre les étals. 


Maupetit est la plus ancienne librairie de Marseille et existe depuis plus d'un siècle. Elle appartient aujourd'hui aux éditions Actes Sud et emploie une trentaine de salariés. La librairie a bien sûr été impactée par la situation sanitaire et économique causée par le covid-19. C'est pourquoi, au delà du plaisir personnel que j'en ai tiré, ma visite chez Maupetit est aussi un acte engagé pour soutenir les entreprises locales et particulièrement les librairies. J'y ai commandé le prochain livre que je lirai et pris des carnets de notes au rayon Papeterie. 


Durant mes promenades de confinement, je m'arrêtais souvent pour observer la librairie, admirer les livres à la une et me rappeler ces temps, plus jeune, où je ne pouvais que regarder les vitrines. Aujourd'hui, mon pouvoir d'achat me permet d'entrer, découvrir, choisir et repartir avec ces petites merveilles que sont les livres. J'apprécie le privilège que j'ai et espère un jour ouvrir une bibliothèque accessible à tous. 

13 avril 2020

J’ai une histoire particulière avec ce recueil de poèmes. Il me renvoie tout droit au début de mon collège où la bibliothèque était mon refuge, mon espace d’évasion. Pour des raisons que j’ignore, de nombreux livres dans cette bibliothèque avait une couverture refaite, bleue ou orange. Il y avait néanmoins une collection qui était conservée avec leur couverture originale. J’étais fascinée par leur simplicité, leur épure qui paraissait digne et royale. Parmi ces livres se trouvait Mogariennes, qui m’a attiré parce que ce titre était un nouveau mot pour moi.



J’ai ouvert le recueil au hasard et je suis tombée sur Eïram.
Eïram m’a regardé
Et ma vie s’immobilise
Comme un palmier dans l’oasis
De ses yeux
Je suis le Bédouin de son désert
L’Idiot du village
La bouche pleine de bave
Je balbutie son nom
Happée par tant d’intensité, je suis restée debout près de l’étagère à dévorer ce recueil de poèmes. I20 ans plus tard, je relis ce recueil et réalise que bien des femmes ont fasciné Cheik Aliou Ndao, on les retrouve dans Pour Inès, Viana, Charavines, Tresses, … mais je dois dire que celles de Alger 56 ont fait résonner quelque chose en moi. Je ne connais pas l’histoire de l’Algérie, encore moins la guerre de libération du joug français, et je me dis que ces trois prénoms évoquent le courage et le sacrifice que l’on retrouve derrière le drapeau algérien.
Aïcha
Yasmin
Maïmoun
Trois ombres voilées sur un mur
Béret Rouge
Sentinelle
Para
Feu sur les formes
Couvre-feu sur le crime
Trois ombres au bas du mur
Trois soeurs dans le sang
Aïcha
Yasmin
Maïmoun
Et juste après, on a mon deuxième favori de Mogariennes, Hello Joe. Il critique particulièrement l’impérialisme étasunien mais plus largement la domination occidentale qui se veut insidieuse et frontale, puritaine et donneuse de leçons. Cheik Aliou Ndao y décrit cette hypocrisie du bienfaiteur pilleur qui n’a de souci que se remplir les poches au point de se retrouver lui-même esclave de sa cupidité. Nous nous quittons donc avec ce bénédicité qui fera des émules à table !
Seigneur Dollar qui êtes aux Cieux
Que votre nom soit thésaurisé
Que votre règne arrive
Que votre volonté soit faite sur la terre
Comme au coffre-fort
Donnez-nous notre dollar de tous les jours
Pardonnez-nous nos dollars comme
Nous nous pardonnons de les avoir dérobés
Depuis trois siècles chez les Indiens
Et les Nègres
Mais ne nous délivrez pas du dollar
Ainsi Dollar soit-il
Bon appétit !

01 avril 2020

Le 4 avril est la fête nationale du Sénégal, et cette année est l’occasion de célébrer 60 ans parcourus sur les chemins de la liberté. Malgré le COVID-19 qui sévit pratiquement partout dans le monde, nous nous réjouissons à travers la poésie de Diéo Gueye. Elle chante Jeunesse de mon pays, une ode à l’avenir tout en honorant le passé.


Lauréate du Prix Birago Diop du Conte, on la connaît surtout pour ses contes inspirés des cultures peulhs, mandénka et wolof dans lesquelles elle a baigné. Sa première oeuvre est pourtant un recueil de poèmes simples et riches, dépeignant le rêve qu'elle nourrit pour sa patrie. 
Tu es la graine que j’ai choisie de semer.
Je veux une bonne récolte, dans un avenir proche.
Je te veux graine de qualité,
Exempte de maladie, et d’ignorance,
De perversité et de drogue,
Consciencieuse et valeureuse!
Dans la plupart des pays africains, plus de la moitié de la population a moins de 35 ans. Cette jeunesse est une force, une richesse mais aussi un défi. Et dès les premiers vers de son recueil, l’autrice nous le rappelle et invite à bâtir une jeunesse solide dans le corps et l’esprit. C’est pourquoi, dans cette période de crise sanitaire, j’ai le cœur encore plus meurtri en pensant aux talibés qui parcourent les rues des villes sénégalaises. Taalibe a résonné en moi comme La grève des battù a marqué ma conscience sociale. 
Ta petite main tendue me fend le cœur,
Ton regard pourtant malicieux,
Mais vide et fixe m’écœure.
Ton crâne teigneux et tes bras à la peau striée m’irritent,
Tes pieds fendillés et tout ton corps calleux me rident,
Tes guenilles toutes faites de saleté m’intriguent.
Jeunesse de mon pays aborde également la spiritualité dans les sociétés sénégalaises, leur place dans l’union des communautés, la lutte pour l’indépendance et la constructions des valeurs morales du pays. Diéo Gueye me laisse toutefois sur ma faim avec ses poèmes dédiées aux femmes, souvent cantonnées aux rôles de jeunes filles modèles, épouses ou mères. Je ne me retrouve pas dans cette exigence requise des femmes, mises sur un piédestal et jugées plus sévèrement quand elles en tombent. 

J’ai quand même pris grand plaisir à lire la poésie de Diéo Gueye. Ses mots ne restent pas couchés sur des pages, ils s’envolent et résonnent haut dans les voix. Si vous avez l’occasion de la voir lire et conter, vous comprendrez tout de suite pourquoi on se délecte tant de ses oeuvres. 

Je vous invite donc à découvrir ses œuvres:
SEEX YI DON WËR SEN YAAY, conte – Editions PAPYRUS, 2015
LES AVENTURES DE DESIKALEERUNG, conte – Editions L’HARMATTAN, 2014
LES SEINS PERDUS DE LA BELLE FIANCÉE, conte – Editions SAEC, 2009
JEUNESSE DE MON PAYS, recueil de poèmes – Editions MAGUILEN, 2005

21 mars 2020

Pendant ce confinement, je continue mes routines pour garder un semblant de vie normale. Je fais mes courses hebdomadaires et fais un tour à la Boulangerie de quartier Pain Pan! que j'aime particulièrement.


Je me souviendrai toujours de l'inauguration de cette boulangerie, la fanfare Canebière Pression y avait mis le feu! Et puis le DJ avait créé une telle fusion musicale que j'avais pris grand plaisir à danser avec tout le monde. La boulangerie se situe 29 rue des 3 Frères Barthélémy, Marseille 06 et propose des pains aussi délicieux les uns que les autres. Pur levain maison!


Virus oblige, Pain Pan! a mis en place des mesures barrières pour protéger ses employés et ses clients mais continue toujours de servir avec le sourire et un mot gentil. C'est l'une des entreprises locales que je soutiens tout en respectant les restrictions de déplacement. Et ça donne vraiment la pêche d'y faire un tour!

30 janvier 2020

Eh, monnè! C’est le sentiment que j’ai nourri tout au long de la lecture de ce livre. Il est pour qui se soucie de l’Afrique et essaie de comprendre comment on en est arrivé là: un endettement sous lequel croulent les populations et une fuite de capitaux qui enrichit une poignée. 



Entre incompétence et cupidité, on y apprend pourquoi les créanciers ont prêté plusieurs milliards de dollars à des régimes dont les dirigeants faisaient passer leurs intérêts avant le développement de leurs pays.
Une partie des capitaux s’est retrouvée sur des comptes privés dans les mêmes banques qui avaient consenti ces prêts au départ.
Chacun remplit ses poches, au détriment du citoyen qui rembourse des prêts dont il a peu ou pas joui. On se pose donc la question de savoir quelle est la richesse réelle de l’Afrique, entre la fuite des capitaux, les envois de fonds des travailleurs émigrés parfois plus importants que les investissements étrangers et l’aide internationale?

Si une fraction des capitaux qui ont fui les pays africains était récupérée, ceux-ci pourraient rembourser leurs dettes extérieures et investir dans les infrastructures pour booster le développement économique.

Mais qu’y a-t-il de plus pernicieux que le coût humain de la fuite des capitaux? Si les guerres, les épidémies et les famines ont ôté la vie de millions d’africains, l’effondrement du système de santé dans de nombreux pays constitue cette violence silencieuse qui suce jusqu’à la moelle les ressources du continent.

Comment ne pas enrager devant une jeune femme qui perd la vie faute de médicaments dont le prix a servi à acheter les somptueuses villas de Téodorin, Omar et autres? Je n’ose pas imaginer les ravages que peut faire l’épidémie actuellement en Chine dans nos pays africains.

26 décembre 2019

Le nom Birago Diop me renvoie systématiquement à l’année de mes 10 ans, où nous avons joué à l’école sa pièce de théâtre, L’Os de Mor Lam. Je pense à mes camarades, aux rires qu’on a partagés, au soleil dakarois…



En ce mois de décembre, j’ai comme une envie de chocolat chaud, de plaid douillet et de contes nostalgiques. Birago Diop recueille la sagesse d’Amadou Koumba à travers de nouveaux contes qui égayeront les soirées en famille!

Comme on ne ferme pas sa porte au nez de qui y frappe, Mor Lame offre l’hospitalité en proposant un duel entre cupidité et ténacité. Qui des deux criera victoire?
Pourtant chacun doit savoir que toute heure a une limite, même l’hospitalité. Donner tout et rester nu, c’est plus que de l’imprudence, c’est de l’imprévoyance.
Khary Gaye dépeint les intrications de la téranga et du sikk mais souligne l’importance de la transmission aux générations à venir. A travers les péripéties de Bouki et Leuk, Birago tend le miroir de la nature humaine et nous pousse à réfléchir sur nos choix de vie.

Avec La Cuiller Sale, je réalise la puissance de nos cultures face aux frontières héritées de la colonisation. En effet, ma tante me racontait cette histoire agrémentée de chants durant mon enfance en Guinée. J’ai eu peur des bêtes sauvages, admiré le courage et la bonté de Binta et retenu les leçons prodiguées. Et quelle ne fut pas ma surprise de la redécouvrir au Sénégal, ma deuxième patrie!

28 novembre 2019

J'avais écouté Chimamanda Ngozi Adichie lire un extrait de The Shivering. Il n'en fallait pas plus, je n'avais qu'une hâte: plonger dans son recueil de nouvelles.


Chaque nouvelle titille une corde sensible des relations humaines. Et je dois dire que dès la première histoire je me suis retrouvée dans cette jeune fille sans nom, dans le regard qu'elle porte sur ses parents et le laxisme qu'ils témoignent à son frère, ce garçon-roi.
Boys who had grown up watching Sesame Street, reading Enid Blyton, eating cornflakes for breakfast, attending the university staff primary school in smartly polished brown sandals, were now cutting through mosquito netting of their neighbors’ windows, sliding out louvers, and climbing in to steal TVs and VCRs.
Ma préférée est très certainement Jumping Monkey Hill, un condensé de sexisme, condescendance, racisme, soif d’opportunités et quête de liberté. J’ai imaginé Chimamanda vivre cette retraite littéraire à ses débuts et y rencontrer Binyavanga Wainaina. On retrouve là encore le génie de l’autrice dans cette nouvelle qui imbrique une autre nouvelle.

Ujunwa, le personnage principal, représente toutes les femmes qui se sont senties impuissantes sous le poids du sexisme, toutes celles qui ont refusé et qui ont dit non.
Ujunwa felt a self-loathing burst open in the bottom of her stomach. She should not have laughed when Edward said “I’d rather like you to lie down for me.” It had not been funny. It had not been funny at all. She had hated it, hated the grin on his face and the glimpse of greenish teeth and the way he always looked at her chest rather than her face, the way his eyes climbed all over her, and yet she had made herself laugh like a deranged hyena.
Le Renégat de cette histoire est clairement l’Ougandais, il ne pouvait que me faire pitié. Mais, Edward. Eh! Edward, lui, je lui aurais fait avaler sa pipe de condescendant!
Edward chewed at his pipe thoughtfully before he said that homosexual stories of this sort weren’t reflective of Africa, really.
“Which Africa?” Ujunwa blurted out.
Ujunwa porte l'étendard de celleux qui rêvent et osent. Je suis sortie de cette nouvelle révoltée mais pleine d’espoir et de courage. Il faut mettre les mots sur les maux, trouver le courage dans l’unité et dénoncer l’oppression.

Cette nouvelle m’a tellement plu que j’ai eu envie de relire Comment écrire sur l’Afrique de Binyavanga Wainaina et découvrir The House of Hunger de Dambudzo Marechera.

25 octobre 2019

J’ai ri aux éclat dès les premières lignes car, sans majuscule ni point, le ton est donné pour ce qui va être une critique hilarante de la condition humaine et un récit plein de compassion pour le porc-épic.



Alain Mabanckou nous transporte dans les fables de son enfance à travers un animal pas comme les autres. Celui-ci descend d’une lignée de porc-épic dont le destin était de servir les humains dans leurs desseins maléfiques. Comme son maître Kibandi, il n’a pas choisi cette vie pleine de haine, jalousie et convoitise. Ils ont tous les deux 10 ans quand leurs destins sont liés à jamais par l’initiation que Papa Kibandi fait subir à son fils. Dans le sillage de son père, le jeune Kibandi entame avec le porc-épic, son double nuisible, une vie d’assassinats nourris de rancoeur, d’envie, d’humiliation, et de manque de respect… Kibandi est enfermé dans cette course frénétique pour surpasser son père. Il devient esclave de son autre lui-même et en perd la vie.

Je n’ai éprouvé aucune sympathie pour Papa Kibandi, mais j’étais désolée pour Kibandi qui n’a pas su briser les chaînes de son destin malgré la promesse faite à sa mère. Et c’est là que le porc-épic devient plus attendrissant. Son regard sur le monde des humains est habile et sincère. Il a su développer une conscience et voir l’avenir avec optimisme. Il existe comme une réalité alternative, une seconde chance, la possibilité de créer un nouveau chemin de vie. 

Et moi, cher Baobab, j’ai écouté avec humilité, au delà de la représentation matérielle des choses. 


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