Ma bibliothèque pendant l’absence

On dit parfois qu’à quelque chose malheur est bon. Eh bien mon malheur, c’était quatre ans d’hyperfocalisation sur le travail. Ma délivrance était un accident en juin 2025, puis le bonheur qui en est ressorti : ralentir.

Passé le premier mois de douleurs exécrables, j’ai commencé à profiter du rythme de la vie en fauteuil roulant. D’abord, j’ai peint sur mon plâtre, puis j’ai ressorti ma boîte à craft qui n’avait pas vu la lumière depuis longtemps. Et ma créativité était débordante : des bijoux, de la peinture à eau, de la peinture acrylique, des cartes de vœux, des enveloppes, du tricot… Avec tout le temps que j’avais, la suite logique était de dévorer ma bibliothèque. Que nenni !

En effet, j’avais toutes les peines du monde à lire jusqu’à la dernière page. J’ai laissé tomber Les Maîtres de la Parole de CAMARA Laye, mis un mois à finir Notes on Grief de Chimamanda Ngozi ADICHIE. Je n’ai lu qu’une quarantaine de pages de The Broken Kingdoms de N.K. JEMISIN. Et quand, pour le calendrier de l’avent littéraire, je n’ai pas réussi à finir Glory de NoViolet BULAWAYO, j’ai vraiment commencé à m’inquiéter. J’aime lire pourtant et, pour une fois, j’ai du temps pour moi. Qu’est-ce qui n’allait pas ?

Par déformation professionnelle, j’ai donc fait un audit de mes processus littéraires. J’ai d’abord analysé mes habitudes de lecture depuis l’enfance et le résultat m’a interloquée. Voyez-vous, j’étais une petite fille maladive à cause de nombreuses allergies. Je passais beaucoup de temps au lit et, pour détourner l’esprit de la douleur, je lisais. Puis en grandissant, lire était la parfaite échappatoire pour les situations désagréables ou chaotiques. Lire était ma bulle d’apaisement dans la frénésie quotidienne. Combien de fois j’ai raté mon arrêt de métro ou fini au terminus du tram parce que j’avais le nez collé dans mon bouquin ? Combien d’aéroports ont accueilli mes sentiments à la fin d’une lecture intense ? J’avais donc identifié mon problème : le chaos est mon espace habituel de lecture mais je vis désormais dans la quiétude.



Mais ce n’était que mon problème numéro 1, le deuxième est que je ne connaissais pas si bien ma bibliothèque. Si on m’avait posé la question de savoir combien de livres j’avais, il y a quelques semaines, j’aurais répondu une soixantaine, répartis entre les romans, beaucoup de science-fiction, et la poésie. Eh bien, je me suis fait une magnifique feuille de calcul pour répertorier cette soixantaine de livres. J’en ai profité pour identifier des critères de classification qui me sont propres. 233, c’est le nombre de livres dans ma collection ! Et ils sont répartis comme suit :


J’ai certes beaucoup de romans, pas tant de science-fiction que ça finalement. Mais ce qui m’a le plus surprise, c’est le nombre d’essais que j’ai et que je lis. Par ailleurs, il fut un temps où j’aurais eu honte d’avoir autant de BD ou de livres jeunesse, car mon entourage de l’époque considérait que ce n’était pas sérieux. Depuis lors, mon entourage a peu changé mais mon je-m’en-foutisme s’est grandement développé. En fait, chaque fois que j’achète un livre pour mes nièces, je prends le temps de le lire afin de m’assurer des valeurs qu’il véhicule. I get hooked et, soit j’en achète un deuxième pour moi, soit ma nièce ne saura jamais que tata lui a acheté un livre puis l’a gardé pour elle-même.



Une chose qui me ravit c’est la proportion d’autrices et d’auteurs d’ascendance africaine. I am walking the talk et il ne reste plus qu’à lire ce que j’ai dans ma bibliothèque. Au moment où je vous écris ces mots, j’ai 3 livres commandés à L’Usage du Monde. Je me rends compte que je vais dans les librairies comme d’autres vont dans les magasins de vêtements ou acheter de la junk food. Il y en a qui portent leurs émotions, d’autres qui les mangent, I read my feelings. Alors voici une astuce : si l’un.e de vous a besoin de se faire pardonner auprès de moi, ne m’achetez pas de fleurs (quoique ça pourrait aussi marcher), offrez-moi un livre !



J’étais loin de m’imaginer que les Etats-Unis seraient en tête des pays de mes autrices et auteurs. Chimamanda avait donc raison, ce pays est vraiment l’oncle qui te donne de l’argent mais à qui je ne veux pas rendre visite. Deuxième surprise, la France en médaille d’argent, c’est à cause des livres qu’on m’offre. Ce qui ne m’a pas surprise, c’est le Sénégal ex aequo sur le podium. Ce pays m’a tant donné ! Je me considère d’ailleurs comme une Guinéenne du Sénégal. A toustes les sénégalais.e.s qui souhaitent m’adopter, je suis fin prête ! Une autre croyance, je pensais que j’avais peu de livres de Guinée, j’en ai une petite quinzaine et c’est diversifié. Une chose est sûre, je voyage beaucoup avec mes livres, et il y a encore tant de mondes à découvrir. J’ai donc hâte de lire ce que j’ai déjà dans ma collection et d’agrandir celle-ci.

Pour finir, une information qui m’a bien fait danser avec ma béquille (je guéris petit à petit), c’est que Présence Africaine est au sommet des maisons d’édition dans mon Afropolis ! Mention spéciale aux Éditions Saaraba, d’où vient le livre le plus beau de ma bibliothèque. J’ai parcouru leur site hier et j’ai vu que j’ai encore de la place dans mes étagères. To the people who love me, or want to, mon anniversaire c’est la semaine prochaine. So get cracking ! Quant à moi, j’apprends peu à peu à être sereine dans la quiétude et ce beau fauteuil bleu canard devient tout doucement mon havre de lecture. Qui aurait dit qu’être heureuse serait si dur ?
La vie est belle !


Marguerite

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