Global Black Pride - Paris 2026

La Global Black Pride est le plus grand rassemblement mondial dédié aux personnes noires LGBTQI+. Après Atlanta en 2024, cette année elle posait pour la première fois ses valises en Europe, avec cinq jours de programmation à Paris : conférences sur la santé publique et les droits humains, village associatif, festival musical, célébration œcuménique, et une grande marche.

Samedi dernier, Paris a vécu ce moment historique. La marche est partie à 14h de la place Léon, à la Goutte d'Or, direction la place de la République, prévue pour 17h. Je l'ai rejointe vers 16h, à vélo sur le boulevard Magenta car je marche encore avec une canne, et la distance complète à pied n'était pas envisageable.


Une place remplie d'étoiles

En arrivant place de la République, la foule était immense. Des personnes noires venues de tous les continents, de tous les styles, toutes les nuances, tous les genres : belles, et rayonnantes de joie et de liberté. Les regards et les sourires s'échangeaient comme si tout le monde partageait la même multitude, peu importe les kilomètres parcourus pour être là. Des drapeaux flottaient au-dessus des têtes ; j'ai reconnu ceux du Sénégal et du Ghana, deux pays qui me sont chers.

Parmi la foule, j'ai reconnu plusieurs personnalités engagées pour ces causes, dont Joris Lechêne, formateur en anti-racisme et décolonialité qui parle depuis des années de son identité noire, queer et neurodivergente ; Jake Tunde (Jacob-Elijah Kpodehoun), créateur de contenu qui partage sans détour son vécu d'homme trans et noir ; et Les Gawas, Megan et Imaan, ce couple qui raconte ouvertement leur histoire d'amour entre christianisme et islam. Les voir là, parmi nous plutôt que sur un écran, ajoutait encore à la force du moment.

Les prises de parole

Plusieurs associations et représentations LGBTQIA+ se sont succédé au micro. Les DIIVINES ont ouvert le bal, mobilisées contre le racisme et la misogynoir. STOP Homophobie a souligné qu'on avait rarement vu, à Paris, autant de personnes noires réunies aussi joyeusement pour une cause aussi juste. Afrique Arc-en-Ciel a rappelé une évidence qu'il faut pourtant sans cesse répéter : nous sommes noir·es, humain·es, et nous avons des droits.

Le discours d'Arc Essentiel m'a particulièrement marquée : nous sommes différent·es, mais notre dignité est la même. Cette marche, ont-iels rappelé, se fait contre le racisme et les LGBTQIA+phobies, pour la liberté, et pour celles et ceux qui, en Afrique, dans les Caraïbes et ailleurs, ne peuvent pas encore marcher.

Michael IGHODARO, le cofondateur de la Global Black Pride a ensuite pris la parole, visiblement ému de voir tant de personnes noires, belles et joyeuses, dans les rues de Paris : dans leur authenticité, prenant leur place, enfin visibles. Nous avons scandé "We are beautiful" avec lui. L'InterLGBT a clôturé cette série de discours en évoquant la Pride de Paris, initialement prévue en juin et reportée en octobre : la Global Black Pride, ont-iels dit, montre que l'unité n'est pas le silence, et que l'universel n'a de sens que si personne n'est laissé de côté en chemin. Iels ont notamment mentionné l'accès aux soins des personnes queers demandeuses d'asile, souvent fragilisées pendant les périodes de transition administrative où leurs droits deviennent incertains.

Les festivités se sont ensuite prolongées en danses et concerts. J'y ai découvert de nouveaux artistes que je réécouterai volontiers.

Ordinaire

Ce qui m'a le plus marquée, ce jour-là, tient en un mot : ordinaire. Je n'étais pas la seule femme. Pas la seule personne noire. Pas la seule personne queer. Simplement une personne, parmi d'autres. Je ne détonnais pas.

D'habitude, quand je suis en minorité visible quelque part, une tension reste présente : je ne lâche jamais complètement prise, je sens des regards s'attarder, je reste vigilante. Sur cette place, il n'y avait pas de regard inquisiteur braqué sur moi. J'étais une étoile noire parmi une multitude d'autres, chacune brillant de sa propre lumière.

Et ça s'est vu jusque dans mon corps : peu à peu, il a lâché prise. J'ai dansé.

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