09 août 2026
Une matinée en kayak sur le canal de l'Ourcq.
Le grand saut
La dame de l'accueil et les deux moniteurs étaient adorables. J'avais une petite appréhension avant de monter car ma jambe se remet encore d'une fracture multiple, et l'équilibre n'était pas garanti d'avance. Comme pour confirmer mes craintes, un participant est tombé à l'eau juste devant nous, pendant qu'on nous distribuait les gilets de sauvetage. Le moniteur m'a montré comment m'installer en stabilisant le kayak avec la pagaie, comment m'asseoir sans basculer, comment pagayer efficacement.
J'avais déjà fait du kayak plusieurs fois, en Côte d'Ivoire, mais dans des embarcations plus longues et plus larges. Celui d'hier, plus petit, m'a permis de mieux sentir la répartition de mon poids sur le bassin, d'ajuster mon assise jusqu'à trouver une vraie stabilité. Une belle surprise, vu l'appréhension du départ.
Quand la ville disparaît
Après quelques centaines de mètres, le bruit de Paris s'est effacé, complètement recouvert par la nature. Des arbres hauts et verdoyants, des berges chargées de myrtilles, mûres et framboises. Curieuse, j'ai demandé à d'autres kayakistes qui rentraient si les fruits étaient comestibles, réponse unanime : délicieux.
Ce qui m'a le plus marquée, c'est la gentillesse des gens croisés en chemin. Qu'on soit en kayak ou en train de marcher sur les berges, chaque "bonjour" trouvait une réponse souriante. Ma cousine et moi avons pris tout notre temps, la pagaie n'avait rien de difficile, une fois la posture trouvée.
Un tronc d'arbre et beaucoup d'imagination
Ce qu'on se raconte, une fois qu'on rame
Des sujets lourds, portés légèrement, au rythme de la pagaie.
Et pour finir, un pique-nique
Retour à la base, puis un pique-nique généreux : salade avocat-tomate d'un côté, salade de fonio façon taboulé de l'autre, mangue et fondant au chocolat pour clore en beauté.
Une matinée simple, loin du bruit, pleine de rires et de vraies conversations, exactement ce que "Lectures de vacances" appelait de ses vœux.
18 juillet 2026
Dès l'entrée, le ton était donné : un patio baigné de lumière sous un plafond de verre, une bibliothèque de livres et de vinyles juste à côté. Le Blabla-Kawa a démarré à 15h, autour d'une grande table noire qui m'a rappelé un puzzle reconstitué. Ce jour-là, nous étions uniquement entre femmes : près d'une dizaine de participantes et cinq membres de l'équipe MansA. Mah-Fanta, médiatrice et programmatrice, a ouvert la discussion par un tour de table : un geste simple, mais qui a immédiatement humanisé chacune d'entre nous avant même de parler du lieu.
Puis, belle surprise, la directrice Elisabeth Gomis nous a rejoint. Elle a retracé son parcours depuis son enfance aux Mureaux jusqu'à aujourd'hui : sa carrière dans l'audiovisuel, puis à Radio Nova, la Saison Africa2020 pour atterrir, enfin, à la tête de la MansA. Quand une participante lui a fait remarquer qu'elle racontait tout ça avec une légèreté déconcertante, elle a souri : non, le chemin n'a pas été simple. L'idée même de la MansA, elle nous l'a rappelé, ne vient pas d'elle à l'origine. C'est le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe qui, dans un rapport remis à Emmanuel Macron en 2021, a préconisé la création d'un centre culturel dédié aux mondes africains, sur le modèle de l'Institut du Monde Arabe.
Ce qui lui procure le plus de plaisir aujourd'hui, à elle, c'est la liberté de travailler avec une équipe qu'elle a choisie elle-même. Les grands diplômes ne font pas tout, dit-elle, elle cherche ce qui détonne, ce qui fait vibrer et se démarquer, et le trouve souvent dans la rubrique "centres d'intérêt" des CV, chez les personnes qui savent faire des choses en dehors du cadre de leurs études. Et puis j'ai posé la question que j'attendais depuis le début : d'où vient le nom MansA ? La réponse est belle. Un hommage à Mansa Moussa, souverain de l'empire du Mali, et à Basquiat, d'où le M en forme de couronne. Le passé et le présent, réunis, pour donner à chacun·e la possibilité de porter la sienne.
J'ai parlé de kumalafọlọ, entrevu de belles pistes de collaboration, et je suis repartie avec la certitude d'être tombée sur un lieu qui porte, sincèrement, les mêmes valeurs que notre cercle : liberté, partage, et la conviction que les cultures africaines méritent d'être racontées avec exigence et sans complexe.
Longue vie à la MansA !
📍 MansA, Maison des Mondes Africains, Paris 10e
12 juillet 2026
25 janvier 2022
Paris est comme cette personne dont mes amies me disent plein de bonnes choses, après quelques sorties, je commence à l'apprécier sans me laisser convaincre pour l'instant. Continuons la découverte, histoire de prolonger la phase de séduction et se donner le temps de décider.
Cela fait maintenant deux mois et demi que j'habite ici et mon comité d'accueil inclut les longs trajets au travail, un pickpocket qui se rappellera de mes poings, des pistes cyclables comme jamais je n'en ai eu à Marseille et le soleil qui passe son temps à bouder derrière les nuages. Alors, à défaut de lever la tête vers le ciel bleu, je la plonge dans les livres que je dévore dans le métro. Durant mes derniers mois à Marseille, j'avais perdu le temps ou l'envie de lire. Et en passant de 10 min cyclistes au soleil à 50 min de métro dans la grisaille, j'en suis à mon 5e livre depuis mon arrivée ici. Some silver lining!
Je me suis lancée dans cette aventure ambigüe avec Cheikh Hamidou Kane. Arrivée au 7e ciel, mon nouveau chez moi, c'est Tierno Monenembo qui m'a souhaité la bienvenue. J'avais manqué plusieurs rendez-vous pris avec lui de longue date, mais là il m'est tombé dessus comme un coq cubain qui chante à minuit. Puis, j'ai entamé de découvrir les parisiens et leurs pas pressés avec Debout-Payé. Dans cet engouement, je me suis retrouvée au bar Le Crédit A Voyagé et l'ivresse des mots ne me quitte plus depuis. Il est clair qu'ici je suis noire et j'aime le manioc où que je sois, alors j'ai un peu de mal avec Gaston Kelman. Mais je continue la conversation quand même, car elle m'apprend d'autres façons d'être noir(e), de le vivre et d'être vu comme tel(le).
J'ai fait le pari d'élargir ma zone de confort en venant vivre à Paris. J'espère apprendre de nouvelles choses, d'autres façons de voir et refaire le monde. J'ai surtout cette impression que le meilleur est à venir et pour cela mes bras sont déjà grand ouverts.




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