Sur l'eau, sans bruit

Une matinée en kayak sur le canal de l'Ourcq.


Deux éternelles retardataires arrivées à l'heure, c'est déjà un exploit en soi. Direction Sevran, avec ma cousine, pour la séance découverte en kayak dont je vous parlais dans les Sorties de Vacances ce mois-ci.    

Le grand saut 


La dame de l'accueil et les deux moniteurs étaient adorables. J'avais une petite appréhension avant de monter car ma jambe se remet encore d'une fracture multiple, et l'équilibre n'était pas garanti d'avance. Comme pour confirmer mes craintes, un participant est tombé à l'eau juste devant nous, pendant qu'on nous distribuait les gilets de sauvetage. Le moniteur m'a montré comment m'installer en stabilisant le kayak avec la pagaie, comment m'asseoir sans basculer, comment pagayer efficacement.

J'avais déjà fait du kayak plusieurs fois, en Côte d'Ivoire, mais dans des embarcations plus longues et plus larges. Celui d'hier, plus petit, m'a permis de mieux sentir la répartition de mon poids sur le bassin, d'ajuster mon assise jusqu'à trouver une vraie stabilité. Une belle surprise, vu l'appréhension du départ.





Quand la ville disparaît


Après quelques centaines de mètres, le bruit de Paris s'est effacé, complètement recouvert par la nature. Des arbres hauts et verdoyants, des berges chargées de myrtilles, mûres et framboises. Curieuse, j'ai demandé à d'autres kayakistes qui rentraient si les fruits étaient comestibles, réponse unanime : délicieux.

Ce qui m'a le plus marquée, c'est la gentillesse des gens croisés en chemin. Qu'on soit en kayak ou en train de marcher sur les berges, chaque "bonjour" trouvait une réponse souriante. Ma cousine et moi avons pris tout notre temps, la pagaie n'avait rien de difficile, une fois la posture trouvée.

Un tronc d'arbre et beaucoup d'imagination


À un moment, un tronc d'arbre flottant a suffi à réveiller nos souvenirs de films d'horreur. On a fini par rire aux éclats en imaginant un crocodile à sa place, et en débattant sérieusement de la berge (gauche ou droite ?) qu'on choisirait pour fuir. Ça m’a aussi rappelé une balade en kayak dans la mangrove casamançaise, au Sénégal : des paysages bien différents, mais la même sensation de silence et de nature qui reprend ses droits.

Ce qu'on se raconte, une fois qu'on rame


Le kayak, ça libère aussi la parole. On a parlé du privilège des hommes blancs cis hétéros, celui qu'ils ne perçoivent souvent qu'au moment où ils se retrouvent, pour une fois, dans un contexte de mixité choisie qui ne les place pas au centre. On a parlé des appréhensions de parents face à l'avenir amoureux de leurs enfants, et de la façon dont les insécurités vécues dans l'enfance nourrissent, à l'âge adulte, un attachement anxieux qui vient saper l'estime de soi dans les relations amoureuses.

Des sujets lourds, portés légèrement, au rythme de la pagaie.

Et pour finir, un pique-nique


Retour à la base, puis un pique-nique généreux : salade avocat-tomate d'un côté, salade de fonio façon taboulé de l'autre, mangue et fondant au chocolat pour clore en beauté.

Une matinée simple, loin du bruit, pleine de rires et de vraies conversations, exactement ce que "Lectures de vacances" appelait de ses vœux.

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